Baisse des émissions de méthane : de l’espoir à horizon 2027

Les émissions de méthane n’ont jamais été aussi élevées. C’est ce que révèle le dernier rapport du consortium scientifique Global Carbon Project, publié en septembre dernier dans la revue Environmental Research Letters. Or le méthane est responsable du tiers du réchauffement de notre atmosphère et son pouvoir de réchauffement est bien plus élevé que celui du dioxyde de carbone : 80 fois plus sur vingt ans, 30 fois plus à cent ans. Et les deux tiers de ces émissions sont d’origine humaine. Ces émanassions anthropiques sont liées pour 40% à l’élevage des ruminants, de la dégradation de nos déchets et eaux usées, pour 17% de la dégradation de nos déchets et eaux usées, pour 36% de l’exploitation du charbon, du pétrole et du gaz en raison des fuites lors de leur extraction, exploitation ou transport.

L’UE en demande de normalisation

Le règlement européen (UE) 2024/1787 adopté en juin dernier établit justement de nouvelles règles relatives à la mesure, à la quantification, à la surveillance, à la déclaration et à la vérification précises des émissions de méthane dans le secteur de l’énergie, ainsi qu’à la réduction de ces émissions. Cette démarche réglementaire s’inscrit dans le cadre plus large du plan « Fit-for-55 »  – « paquet climat » en français – qui, en 2021, avait dévoilé des mesures d’ampleur inédite destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55% en 2030 par rapport à 1990.

En appui de ce nouveau règlement, la Commission européenne souhaite l’élaboration de trois nouvelles normes, sous la responsabilité du CEN. La première norme concernera la réduction des émissions de méthane provenant des évents et des torchères dans les secteurs du pétrole et du gaz fossile, et se faisant de la conception des équipements et meilleures pratiques opérationnelles. La deuxième norme encadrera la détection et la réparation des fuites de méthane. La deuxième norme élaborera la méthodologie pour la détection, la surveillance, la mesure et la déclaration des émissions de méthane.

Cette nouvelle demande s’inscrit en continuité des travaux entamés depuis fin 2023 par le Bureau de Normalisation du Gaz au sein du CEN/TC 234 / WG 14 pour les émissions des méthane. « Sur la partie quantification, nous avons commencé à travailler il y a près de deux ans », précise Christophe Erhel, Ingénieur normalisation chez France Gaz, et à la tête de l’ISO/TC 340. «  En revanche, sur la partie détection des fuites et mise à l’évent nous démarrons nos travaux ». La Commission a fixé des délais serrés : les normes doivent être prêtes dès 2025 pour leur volet européen, dès 2027 pour leur volet international.

La détection des fuites : encore plus loin

« Cela fait longtemps qu’on cherche à détecter les fuites, rappelle Christophe Erhel, car le méthane est inflammable et ces fuites très dangereuses ». Mais c’est donc pour des raisons de sécurité qu’elles étaient détectées. Aujourd’hui, on va chercher à détecter des niveaux de fuite plus faibles, pour des raisons environnementales. Cette détection devra donc être plus fine, et les fuites une fois détectées devront systématiquement faire l’objet de réparations, ce qui n’était pas toujours le cas.

De même, les démarches visant à réduire les mises à l’évent existent depuis plusieurs années. « Les mises à l’évent sont responsables de la plus grosse quantité d’émissions, et ces évents coutent cher. Si on peut trouver le moyen de récupérer les gaz c’est beaucoup plus intéressant », détaille M. Erhel. Le règlement européen interdit l’évantage et le torchage du méthane provenant des stations de captage d’ici à 2025 et des puits d’aérage d’ici à 2027, « sauf si cela est inévitable et strictement nécessaire ou en cas d’urgence et de dysfonctionnement », précise le règlement.

« Une des difficultés de ce groupe de travail au sein du CEN sera liée aux technologies, qui sont en pleine évolution », ajoute M. Erhel. En effet, la quantification des fuites à des niveaux extrêmement faibles exige des équipements capables d’effectuer de telles détections, et les outils conçus à cet effet sont presque en train d’être inventés. La détection, par ailleurs, se fait à plusieurs niveaux. La détection équipement par équipement, la détection au niveau d’un site de production dans son ensemble, et la réconciliation de ces deux niveaux de données. Si la détection équipement par équipement semble plutôt bien maîtrisée, la détection à l’échelle d’un site connaît des évolutions récentes liées à l’utilisation de drones. « Il va falloir lister les technologies acceptables mais il y a fort à parier que leur liste va évoluer en permanence ». Il faudra donc intégrer ce caractère évolutif dans l’élaboration de la norme et ne pas se fermer aux futures technologies. « De la difficulté de normaliser dans un domaine pas encore complètement mature ».

Les importations également concernées

En 2027, le nouveau règlement européen imposera ces nouvelles règles aux installations situées en dehors du continent européen et fournissant du combustible aux pays européens, très largement importateurs.

Au premier semestre 2021, les importations de gaz naturel provenaient de Russie pour plus de 46%, de Norvège (20,5%), d’Algérie (11,6%), des États-Unis (6,3%), du Qatar (4,3%). Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, l’approvisionnement russe a drastiquement diminué, cependant que la part de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance des États-Unis a elle beaucoup augmenté pour constituer jusqu’à près de 10% des importations en 2024.

« l’Europe important plus de 90% du gaz et du pétrole qu’elle consomme », déclarait Malika Menoud, chercheuse en sciences atmosphériques au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement de l’université Paris Saclay, dans une tribune au Monde publiée en réaction à la parution du rapport du consortium Global Carbon Project. « Les nouveaux standards ne seront vraiment efficaces que lorsqu’ils seront généralisés aux importations ». Agir sur les émissions de méthane et sur celles de dioxyde de carbone « sont les deux leviers indispensables si l’on veut lutter contre l’augmentation des températures », concluait-elle.

Les Américains, en l’occurrence, se sentent très concernés par le nouveau règlement européen, car leurs exportations en Europe sont devenues significatives. « Les trois axes normatifs portés par le CEN ont été lancé à l’ISO et j’ai déjà une centaine d’experts qui sont intéressés », témoigne Christophe Erhel, qui assistait l’été dernier à une conférence sur le sujet au Texas, afin d’apporter des éléments d’explication à la décision européenne. Tous les grands pétroliers, qu’ils soient chinois, américains, brésiliens comme Petrobras, malaisiens comme Petronas, se soucient de ce nouveau règlement.

Partager les bonnes pratiques à l’échelle internationale devrait permettre d’alimenter les normes en cours d’élaboration. Les États-Unis, par exemple, ont mis au point une méthodologie qui leur permet d’évaluer si une technologie est acceptable ou pas – Bien que les Américains ne partagent pas tout à fait la même philosophie que les Européns.

Récemment, l’administration américaine s’est rapprochée de la Commission européenne dans l’optique d’infléchir le règlement. mais si le marché du GNL est aujourd’hui plutôt tendu, il devrait en être autrement en 2025 et 2026. En effet, aux États-Unis comme au Qatar, de grosses quantités de GNL vont être mises sur le marché et les acheteurs européens pourront mettre en concurrence leurs fournisseurs plus facilement, les classant alors en fonction du degré de propreté de leur production.

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