Interview de F. Papacatzis, experte en psychopathologie du travail

Psychanalyste certifiée en psychopathologie du travail, membre du réseau Souffrance et Travail, Françoise Papacatzis s’interroge sur les contours, encore flous, de la prévention.

Enjeux : Quel rôle peut jouer la norme dans le demain de la SST ?

Françoise Papacatzis : La norme apporte à l’entreprise des repères et des objectifs. Elle permet de comprendre jusqu’où on doit aller dans le domaine complexe de la prévention. Elle permettra aux entreprises sensibles à cette problématique de pouvoir compter sur un cadre, avec des repères et des limites, et les poussera à mettre en place des indicateurs précis.

E. : La SST manque-t-elle de repères ?

F.P. : La santé et la sécurité au travail sont des prérogatives de l’employeur selon le Code du Travail mais ne relèvent pas néanmoins de sa seule responsabilité. Le salarié, la société au sens large en sont aussi les acteurs. Par ailleurs, jusqu’au faut-il aller ? Est-il utile de mettre à disposition des baby-foot ou d’organiser des cours de yoga ?  Ne suffit-il pas de respecter les lois, d’avoir des bonnes conditions de travail, une bonne organisation du travail et des managers formés à leur rôle dans la prévention ? La norme apporte de la clarté, définissant le rôle réel de l’entreprise, peut-être même plus que le Code du travail, parfois assez flou. Il y est indiqué que l’employeur doit assurer la sécurité physique et mentale avec une obligation de résultat. Mais jusqu’où ? La jurisprudence récente semble indiquer aux employeurs qu’ils ont surtout, en fait, une obligation de moyens dans le domaine de la santé mentale, tant le sujet est complexe à traiter.

E. : Quelle différence établissez-vous entre la loi et la norme ?

F.P. : Prenons par exemple le cas du droit à la déconnexion, qui fait partie de l’Accord National Interprofessionnel de juin 2013, demandant entre autres choses de négocier un accord sur la qualité de vie au travail. La question a eu le mérite de faire rentrer le débat dans l’entreprise, d’établir le lien entre numérique et surinvestissement au travail, voire burn-out. En revanche, si la loi est importante, elle manque de précision. C’est ce que la norme apportera. Loi et norme n’ont pas la même vocation.

E. : Qu’est ce qui peut pousser les entreprises à se faire certifier ?

Cette nouvelle norme sera sans doute soutenue par des acteurs primordiaux comme l’ANACT, les ARACT et l’INRS. Elle deviendra un outil dans la mise en place de dispositif de Qualité de Vie au Travail. Outre la protection de l’humain au travail, et sa mise au centre, c’est une question d’image du travail, de nos entreprises, et un en enjeu de performance même. Parlons-en d’avantage, faisons-la connaître !

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