2020, un tournant pour l’économie circulaire

Lancement du Pacte vert pour l’Europe, loi relative à la lutte contre le gaspillage, plan de relance économique faisant la part belle à la transition écologique : 2020 aura été l’année des plans d’actions en faveur de l’économie circulaire, en Europe et en France. Des initiatives bienvenues qui devraient aider les industriels à boucler les cercles…

Recycler, remettre à neuf, réemployer, réparer, mais aussi partager. Avec le premier confinement, les Français ont plébiscité les plateformes digitales dédiées au partage. Cours en ligne, soutien scolaire, jardinage, troc, ont connu un succès sans précédent. Le CREDOC (Centre de Recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), dans une enquête de 2018, avait déjà observé que deux tiers des français étaient d’ores et déjà disposés à prêter et partager leurs objets plutôt que les posséder, et utilisaient deux fois plus les plateformes collaboratives que l’ensemble des citoyens de l’UE.

L’économie du partage

Avec la crise sanitaire, des mutations d’envergure se sont opérées dans certains domaines. Ainsi, assez logiquement, si les revenus de Airbnb ont chuté de 30%, les recettes d’UberEats ont progressé de 224% dans le monde. En Chine, l’économie du partage a progressé de 2,9%. Mais le marché de l’hébergement partagé, du bureau partagé, du transport partagé y a diminué respectivement de 30, 26 et 15% par rapport à 2019, alors que l’économie du partage dans les domaines des connaissances et des compétences ainsi que des soins de santé a connu une expansion substantielle du marché, augmentant respectivement de 30 et 28%.

En France, « En l’absence de données et parce que c’est une économie parallèle, la tendance reste difficile à quantifier », explique Nathalie Damery, cofondatrice de l’Observatoire société et consommation (ObSoCo). Mais les initiatives se multiplient et les consommateurs sont au rendez-vous. Ainsi du site MyTroc.fr, 103 000 utilisateurs en juillet 2019, 242 000 en mars 2021. « Lors du premier confinement, il y a eu un élan d’entraide sans précédent, avec des utilisateurs qui proposaient de donner des cours à des enfants ou faire les courses pour les personnes âgées », explique Floriane Addad, fondatrice du site. Une progression exponentielle d’utilisateurs également observée par LaBourseAuxLivres, application permettant de revendre des livres d’occasion. Lancée en janvier 2020, elle a franchi le cap des 100 000 livres revendus dès la mi-décembre 2020, 130 000 à la fin de l’année, bien au-delà des prévisions. Même son de cloche chez SavezVousPlanterChezNous, site de partage de jardin mettant en relation propriétaires de jardins et jardiniers en herbe qui a connut un élan grandissant à la faveur de la pandémie.

L’évaluation de l’impact environnemental de ces nouvelles pratiques, qui semblent très vertueuses de prime abord, est pourtant plus complexe qu’il n’y paraît. Des chercheurs de Sciences Po, l’ESCP, Paris-Sud, Paris-Dauphine, OuiShare et ZéroWaste France, réunis dans le projet PICO (Pionniers du collaboratif), relèvent un certain nombre d’écueils inhérents à ces nouvelles pratiques et notamment : le remplacement d’offres respectueuses de l’environnement par des offres et solutions moins couteuses mais à l’impact plus important (par exemple le covoiturage contre le train) ; l’hyperconsommation : « L’économie collaborative générant des économies et facilitant la revente ou l’échange, l’usager peut être tenté de consommer plus, notamment en utilisant le fruit de ses économies ».

Partager permet d’optimiser les usages, mais on ne saurait s’en contenter et l’économie circulaire, fondée sur un système de boucles, s’appuie autant sur le partage que sur la réparation, le réemploi, la remise à neuf des produits, et le recyclage des déchets.

Le recyclage ? Pas si simple

Pour mémoire, en France, on a commencé à trier en 1975 : réduction des déchets à la source, organisation du transport et valorisation des déchets par recyclage, réemploi ou récupération de l’énergie. Depuis 1992, les industriels ont la responsabilité de contribuer ou pourvoir à l’élimination des déchets d’emballages qui résultent de la consommation de ses produits par les ménages. Au fil des ans, le législateur multipliera les obligations, les interdictions, les incitations, au niveau hexagonal et communautaire. Pourtant, les industriels peinent à atteindre les objectifs.

Le cas du recyclage du PMMA (polyméthacrylate de méthyle), plus communément appelé ‘‘plexiglas’’, donne une idée de quelques-uns des défis posés aux fabricants.

En 2016, la société française Arkema, l’un des leaders mondiaux du PMMA, signe avec Emmanuel Macron, alors Ministre de l’Economie, l’un des tous premiers Engagements pour la croissante verte imaginés dans le cadre de la loi de transition énergétique. Cette démarche vise à encourager les actions volontaires des industriels dans le domaine de l’économie circulaire, pour éviter la mise en place de réglementations trop sévères. Arkema ambitionne alors de créer une filière de récupération de PMMA en fin de vie, typiquement les feux-arrières des véhicules, puis de régénérer les monomères par dépolymérisation en vue de produire de nouvelles résines acryliques. A l’époque, seulement 10% du PMMA produit est récupéré en fin de vie. Pourtant, cinq ans plus tard, le recyclage n’a pas décollé, voire aurait reculé. A une difficulté conjoncturelle – En 2018 la Chine interdit l’importation des déchets européens, désorganisant toute la filière, qui doit se réinventer en Europe – s’ajoutent des problèmes structurels. « Ce sont les casses automobiles qui récupèrent les feux-arrières des véhicules », explique Jean-Luc Dubois, Directeur Scientifique, Catalyse, Procédés, Renouvelables et Recyclage chez Arkema. « Or, si un pare-chocs en polypropylène, pièce massive, se démonte en tirant dessus, le démontage d’un feu-arrière prend plus de temps, il faut le dévisser – Il y a ratio temps passé / valeur matière qui peut être trop élevé ». Par ailleurs, avant d’être recyclées, lorsqu’elles ont été récupérées,  elles sont d’abord proposées comme pièces d’occasion aux usagers. « Finalement,  on constate que c’est au bout de quinze ans de vie que le feu-arrière devient une pièce détachée bon marché, et qu’il est donc le plus intéressant de valoriser la matière ». Les gros sites de déconstruction français traitent environ mille véhicules par an, et en extraient 2 à 3 kg de PPMA, soit 3 tonnes par an. « Et puis c’est une question de chaîne de valeur », ajoute Jean-Luc Dubois : la pièce de PPMA a été fabriquée avec d’autres plastiques, l’ABS, le polycarbonate, le polyuréthane, et c’est tous ces plastiques qu’il faut essayer de récupérer » – Soit en triant mécaniquement, soit en utilisant des solvants qui permettront de trier les matières ». « On est confronté à un problème d’éco-conception du véhicule, qui limite la valorisation des matières », conclut-il.

En aval de la chaîne de valeur du recyclage, le transformateur est confronté à une autre question, celle des débouchés pour les matières recyclées. « On annonce tous que nos produits sont recyclables mais personne ne veut utiliser de matière première recyclée », analyse Jean-Luc Dubois, « et certainement pas l’acheter au prix du neuf ». La méfiance des acheteurs repose t-elle sur des faits ? Plus ou moins. Un plastique recyclé pourrait avoir conservé les odeurs liées à son précédent usage, comme une odeur de shampoing par exemple. Inenvisageable aux yeux d’un équipementier automobile. « Il nous faudrait des standards », conclut-il.

Mêmes freins dans le domaine de la construction. Récemment, l’European Builders Confederation (EBC), confédération européenne du BTP, a réagi au Plan d’action en faveur de l’économie circulaire lancé par l’UE en mars 2020. Premier frein, en amont de la chaîne de recyclage : les matériaux de construction sont souvent collés les uns aux autres, et rarement mono-matériaux. Le syndicat en appelle à l’éco-conception des produits. Second obstacle : l’existence de sites de tri à proximité des chantiers. Dernier obstacle : qui voudra utiliser des matériaux et produits ‘‘non-neufs’’, s’interroge l’EBC ? On peut légitimement se poser des questions sur la qualité et la constance des propriétés des matériaux de construction recyclés. « Il faudrait réviser les standards », conclut le communiqué, « afin de pouvoir autoriser d’avantage de matières premières recyclées dans les produits de construction ». L’enjeu est de taille : En France, 70% des déchets (345 millions de tonnes par an) sont issus du bâtiment.

Si l’éco-conception n’est pas mentionnée dans le Plan de relance 2020 du gouvernement français de l’automne dernier, en revanche elle sous-tend la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (dite Loi Agec) promulguée en février 2020. Elle impose notamment, depuis janvier dernier, à toute une gamme de produits d’électronique grand public et d’électroménager de mettre en place un « indice de réparabilité ». Les critères : une documentation mise à disposition, des pièces détachées disponibles et abordables, la démontabilité des dispositifs et l’accès à ses composants. Aujourd’hui, seulement 40% des produits concernés sont réparés, l’objectif est de monter à 60% en 5 ans.

Réparer. Réemployer. Remettre à neuf

Les Repair Café se multiplient un peu partout en France, tiers-lieux mettant en lien des personnes souhaitant réparer un objet avec des bricoleurs afin de lutter contre l’obsolescence programmée et la surconsommation. A grande échelle, ce sont les industriels, des boutiques de textile aux constructeurs automobiles, qui mettent en place de systèmes de collecte de leurs propres produits, les remettent à neuf et les remettent sur le marché.

Cette année, l’usine Renault de Flins va progressivement abandonner la production de véhicules pour devenir la première Re-Factory du constructeur, première usine européenne d’économie circulaire dédiée à la mobilité. Elle sera organisée en quatre pôles : Re-trofit pour le reconditionnement des véhicules d’occasion de moins de cinq ans, la conversion de véhicules utilitaires vers du biogaz ou de l’électrique et la fabrication de pièces devenues indisponibles grâce à l’impression 3D, et les revendre comme neufs ; Re-energy pour la réutilisation des batteries arrivées en fin de vie, avec pour ambition de pouvoir réparer 20 000 batteries électriques d’ici 2030 ; Re-cycle pour la récupération des véhicules mis au rebut pour créer des pièces de rechange ; Re-start, incubateur de start-ups et pôle de formation universitaire – ­Un projet complet de ‘’remanufacturing’’ avec pour ambition de déconstruire des véhicules électriques avec 10 000 véhicules par an en moyenne un bilan carbone négatif à 2030, zéro impact pour 2050.

Selon un rapport de McKinsey réalisé pour la Fondation Ellen MacArthur, l’économie circulaire permettrait aux entreprises d’économiser annuellement plus de 240 milliards de dollars en Europe, en réduisant la consommation des matières premières.

Catégories :Uncategorized

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